Vous avez repéré une annonce de chiot alano espagnol ou croisé sa photo sur les réseaux, et l'information fiable en français manque cruellement : c'est l'une des races les plus rares de France, avec seulement 88 inscriptions au Livre des origines français (LOF) en 2025 pour tout le territoire. Cette rareté a une conséquence concrète sur cette fiche : les vraies photographies de la race sont quasiment introuvables dans les banques d'images libres de droits, y compris celle qui l'illustre ici (un molosse à robe bringée, de type proche, faute de mieux). Voici ce qu'il faut savoir avant de s'intéresser à ce chien de travail espagnol : ses origines, son gabarit réel, son caractère, sa santé, son statut légal et le budget à prévoir.
Origines : un chien de travail qui a failli disparaître
L'alano espagnol est originaire de la péninsule Ibérique : les premières références à son existence remontent au XIVe siècle, et il descendrait possiblement des chiens de prise (perros de presa) amenés par les peuples venus s'installer en Espagne après la chute de l'Empire romain, selon le standard officiel publié par la Real Sociedad Canina de España (RSCE), l'équivalent espagnol de la Société centrale canine. Du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle, la race connaît son âge d'or : chien de prise utilisé pour la gestion du bétail semi-sauvage (vaccination, marquage, conduite), pour la chasse au gros gibier et pour la garde des propriétés, il devient la race favorite de nombreuses personnalités espagnoles, qui lui laissent des témoignages élogieux.
Le déclin commence à la fin du XIXe siècle, avec l'abolition de la pratique taurine dite des « perros al toro » (combats de chiens contre taureaux), l'une des utilisations traditionnelles de la race. L'évolution des méthodes d'élevage bovin et de la chasse achève de la rendre marginale, au point que beaucoup la croient éteinte au XXe siècle. Dans les années 1980, un noyau de population significatif est retrouvé dans une zone montagneuse du Pays basque espagnol appelée les Encartaciones, où des éleveurs locaux avaient continué, sans le savoir, à perpétuer le travail de leurs ancêtres avec ces chiens. Ce noyau sert de base à un programme de reconstitution, qui aboutit à la reconnaissance officielle de la race en Espagne en 2004.
Gabarit et apparence : un athlète, pas un mastodonte
Contrairement à d'autres molosses au corps massif et lourd, le standard RSCE décrit un chien fonctionnel, agile et rapide, aux mouvements souples qui rappellent ceux d'un félin : c'est un chien bâti pour courir et pour saisir, pas pour rester statique. Sa tête brachycéphale, carrée et puissante, avec un stop très marqué, reste la marque la plus reconnaissable de la race.
En taille, le standard retient 58 à 63 cm au garrot pour le mâle et 55 à 60 cm pour la femelle, pour un poids de 30 à 40 kg chez le mâle et 25 à 35 kg chez la femelle : un gabarit médian, nettement plus léger qu'un cane corso ou qu'un dogue de Bordeaux. La robe est courte et dense, avec un sous-poil fin : le standard admet le bringé (dans toutes ses nuances), le fauve (du sable au rouge) et le noir à marques bringées, avec ou sans masque noir, des taches blanches limitées étant tolérées sur les extrémités.
Caractère : un chien de travail sociable, pas un solitaire méfiant
Le standard officiel tranche avec l'image de « molosse de garde froid et distant » qui circule parfois en ligne : historiquement, l'alano a toujours travaillé en équipe, aux côtés d'autres chiens de sa race ou d'autres types (podencos, chiens de rastro, mâtins), ce qui en fait une race grégaire et sociable, capable de s'entendre facilement avec d'autres chiens. Le standard le décrit comme facile à éduquer, très affectueux et patient avec les enfants en tant que chien de famille, avec un caractère noble et équilibré sous des dehors sérieux.
Cela ne fait pas de lui un chien pour tous les foyers pour autant : c'est un athlète de 30 à 40 kg, sélectionné pendant des siècles pour saisir et maîtriser un animal bien plus gros que lui, avec un fort instinct de préhension et d'endurance. Ce tempérament de travailleur a besoin d'une dépense physique quotidienne réelle et d'une socialisation précoce et poursuivie, sans quoi son énergie et sa force se retournent contre une éducation trop laxiste. Un maître expérimenté, cohérent et actif reste le profil le plus adapté, même si le chien lui-même n'est pas décrit comme difficile par nature.
À ne pas confondre : cane corso, dogue argentin, dogue de Bordeaux, american bully
La silhouette musclée et la robe parfois bringée de l'alano espagnol entraînent une confusion fréquente avec d'autres molosses, pourtant très différents par l'origine et la fonction. Le cane corso est un mâtin italien plus lourd, descendant des chiens de guerre romains, sélectionné avant tout pour la garde. Le dogue argentin est une race entièrement blanche créée au XXe siècle en Argentine par croisement de plusieurs races, pour la chasse au gros gibier en meute : sa robe unique le distingue immédiatement de l'alano. Le dogue de Bordeaux est un très ancien mâtin français, bien plus lourd et brachycéphale, sélectionné depuis des siècles comme chien de compagnie et de garde plutôt que comme chien de prise athlétique. Enfin, l'american bully est une race récente (années 1990), née aux États-Unis à partir de lignées d'american staffordshire terrier et de pit bull, pensée dès le départ comme chien de compagnie et de conformation, sans parenté ni fonction de travail commune avec l'alano espagnol.
Santé : peu de données propres à une race trop rare
Aucune étude épidémiologique de grande ampleur n'existe spécifiquement sur l'alano espagnol : la population, y compris en Espagne, reste trop réduite pour ce type de travail statistique. Les sources spécialisées avancent généralement une espérance de vie de 11 à 14 ans, cohérente avec celle d'autres molossoïdes de gabarit médian, mais sans donnée française propre à la race pour la confirmer.
En l'absence de données spécifiques, la prudence habituelle pour un chien athlétique de 30 à 40 kg s'applique : dépistage radiographique de la dysplasie des hanches et des coudes après un an, et surveillance de la dilatation-torsion de l'estomac, un risque accru chez les chiens au thorax profond comme le décrit le standard de la race. C'est une urgence vitale (ventre qui gonfle, efforts de vomissement improductifs, agitation, muqueuses pâles) qui se traite dans l'heure.
Statut légal en France : un chien non catégorisé
L'alano espagnol n'est pas un chien catégorisé en France. L'arrêté du 27 avril 1999, toujours en vigueur, limite la catégorie 1 (chiens d'attaque) aux types assimilables au Staffordshire terrier, à l'American Staffordshire terrier non inscrit au LOF, au Mastiff et au Tosa, et la catégorie 2 (chiens de garde et de défense) aux races American Staffordshire terrier, Rottweiler et Tosa. L'alano ne figure dans aucune des deux listes publiées par le ministère de l'Agriculture : aucune formalité administrative spécifique (permis de détention, muselière obligatoire) ne s'applique donc à cette race à ce jour.
Sur le plan de la reconnaissance cynologique, la race n'est à ce jour pas reconnue par la Fédération cynologique internationale (FCI), ni à titre définitif ni à titre provisoire (vérifié le 28 septembre 2026 sur la nomenclature officielle). Elle est en revanche reconnue au niveau national par la RSCE depuis 2004, et la Société centrale canine (SCC) l'admet à l'inscription au LOF en France, dans le groupe 2 (molossoïdes) : 72 inscriptions en 2024 et 88 en 2025, dont seulement 10 confirmations, selon les statistiques officielles de la SCC.
Prix et élevage : une race confidentielle, peu d'options en France
Avec moins de 90 inscriptions au LOF par an sur tout le territoire, trouver un élevage sérieux d'alano espagnol en France relève du parcours du combattant : les portées sont rares et souvent réservées bien avant la naissance des chiots. Les tarifs observés sur les rares annonces et sites d'éleveurs se situent le plus souvent entre 800 et 1 500 €, selon la lignée, les résultats de dépistage des parents et les titres obtenus en exposition.
Avec une race aussi confidentielle, la vigilance sur le choix de l'élevage compte double : privilégier un chiot inscrit au LOF (donc confirmable), demander les résultats de dépistage des hanches et des coudes des deux parents, et rencontrer les reproducteurs pour juger de leur caractère réel. Nos astuces pour bien choisir son élevage canin s'appliquent intégralement ici, avec une prudence renforcée : la rareté d'une race attire aussi, malheureusement, des vendeurs peu scrupuleux qui misent sur l'absence de repères des acheteurs.
Nos sources
- Standard de raza Alano Español (PDF), Real Sociedad Canina de España.
- Alano espagnol, fiche de race, Société centrale canine.
- Statistiques LOF 2025 (PDF), Société centrale canine (alano espagnol : 72 inscriptions en 2024, 88 en 2025, 10 confirmations).
- Races reconnues à titre provisoire, Fédération cynologique internationale (l'alano espagnol n'y figure pas, vérifié le 28 septembre 2026).
- Arrêté du 27 avril 1999, article 1, Légifrance.
- Les chiens de catégorie 1 et 2 et les chiens dangereux, ministère de l'Agriculture.
- Syndrome de dilatation-torsion de l'estomac chez le chien, hôpital vétérinaire Frégis.





