🐾 Race de chien

Mastiff : un chien docile et conciliant

Le Mastiff, aussi appelé dogue anglais, est un molosse colossal originaire du Royaume-Uni : la Société centrale canine le présente comme le plus gros des chiens, un mâle pesant 85 à 100 kg. Docile et conciliant, spontanément dissuasif sans agressivité, il fait un gardien placide et un chien de famille très attaché aux siens. Il vit 8 à 10 ans et convient à des maîtres disposant idéalement d'une maison avec jardin, prêts à lui offrir une éducation cohérente et un exercice mesuré, sans longues marches avant 15 mois.

Qu'en est-il précisément de son quotidien, de son caractère, de sa santé et de son dressage ? Voici quelques informations qui vous éclaireront sur tous ces points.

Les caractéristiques du Mastiff

Autrement appelé « dogue anglais », le mastiff relève du groupe 2 de la FCI, section 2.1 des molossoïdes de type dogue. Précisons-le, car l'intitulé complet du groupe 2 mentionne aussi les chiens de montagne et de bouvier suisses, ce qui fait écrire un peu partout que le mastiff serait un bouvier suisse : il n'en est rien. Sa morphologie impose de se tenir respectueux envers lui. Néanmoins, lorsque l'on se dit amoureux de la race canine, il est normal de la respecter. Sa tête a une ossature très carrée, avec un crâne bien plat et large.

Mastiff couché à l'intérieur, regardant vers la droite
Photo : Flickr user ocean yamaha . Photo uploaded to commons by user ltshears, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Lorsque le chien se montre à l'affût de quelque chose, son "visage" présente quelques rides. A contrario, ses yeux sont tout petits, très foncés mais tirant tout de même sur la couleur noisette. Les oreilles ont une physionomie contraire à la tête, puisqu'elles sont petites, contre les joues, fines et droites.

Le corps, quant à lui, est assez imposant, mais reste cependant parfaitement symétrique. Sa queue est bien pendante. Son pelage est dense et ras. Son museau et ses oreilles sont, généralement, noirs, alors que son corps peut être gris, fauve ou abricot. Sur le gabarit, une précision s'impose car les chiffres circulent dans tous les sens. Le standard FCI ne fixe ni taille ni poids pour cette race, contrairement à la plupart des autres. La Société centrale canine retient 85 à 100 kg pour les mâles et 65 à 80 kg pour les femelles. Le standard demande de la hauteur et de la substance, mais il assortit cette exigence d'une condition qu'on oublie de citer : à condition qu'elles soient associées « à une qualité et une robustesse de construction absolue ».

Origine

Elle remonte loin. Le standard FCI rapporte que lorsque les Romains ont envahi la Grande-Bretagne, ils y ont trouvé un chien de type mastiff qui les a suffisamment impressionnés pour qu'ils en ramènent plusieurs à Rome afin de combattre dans les arènes. Il ajoute qu'à l'arrivée des Normands, le type était si répandu que le mot français « dogue » est passé dans la langue anglaise. Le Bullmastiff auquel on les compare parfois n'existait pas encore : il naît en Angleterre au XIXe siècle du croisement du mastiff et du bulldog, pour seconder les gardes-chasse. Mais cette attaque de chiens concernait aussi les Mâtins assyro-babyloniens qui n'ont pas hésité à donner quelques coups de dents et de pattes à ces légionnaires.

Mastiff debout, pattes avant posées sur un petit tabouret sur une terrasse en bois
Photo : No machine-readable author provided. Blikly~commonswiki assumed (based on copyright claims)., Wikimedia Commons (Public domain)

Ce second chien ressemblait plus à un lion qu'à un chien. Ces deux types de canins, les uns contre les autres, provoquait un contraste de taille impressionnant. Malgré tout, cela n'a pas empêché les Romains de les prendre pour les faire se reproduire entre eux. Ainsi, le Mastiff vient tout droit de ces chiens-là qui, à l'époque, étaient utilisés comme chiens de combats. Leur puissance leur permettait de se battre contre des bêtes très féroces.

Caractère de ce chien de race

Docile et conciliant, le mastiff n'utilise pas sa force inutilement. Il ne réfère pas à un unique maître, mais se sert de ses origines pour défendre la famille entière. Son amour pour les membres de sa famille est important, faisant de lui un bon chien de compagnie et de garde. Le standard résume son tempérament en une formule utile : « généralement indifférent vis-à-vis des étrangers », et il précise que la timidité n'est pas acceptable. Un mastiff n'est donc censé être ni agressif ni craintif, mais placide. La Société centrale canine ajoute qu'il est sociable avec les humains comme avec ses congénères, et qu'il est « spontanément dissuasif, sans agressivité ».

Mastiff couché la tête posée sur un tapis dans une cuisine
Photo : Mmatthias, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Ne vous méprenez pas sur ses besoins d'exercice, car c'est là qu'on lui fait le plus de mal. La Société centrale canine le décrit comme un chien plutôt calme, dont la vocation n'est pas l'appartement mais qui « n'a pas nécessairement besoin de beaucoup d'espace ». Elle recommande surtout la prudence pendant la croissance et conseille d'éviter les longues marches avant l'âge de 15 mois. Un mastiff n'est pas un chien qu'on fait courir et sauter : c'est un chien qu'on promène, et dont on entretient la musculature par un exercice mesuré.

Conditions de vie

Il faut reconnaître que ce chien "géant" a besoin d'espace pour aller et venir, tant qu'il veut et comme il veut. Un grand jardin est donc indispensable pour le ravir. Néanmoins, ce canin a aussi besoin de l'amour de ces maîtres. Ainsi, pouvoir entrer et sortir lorsqu'il en a envie et passer des moments en votre compagnie fera son plus grand bonheur.

Mastiff couché sur le sol à l'intérieur lors d'une exposition canine
Photo : Томасина, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

La santé du mastiff : ce qui se dépiste, et ce qui se joue avant deux ans

La version précédente de cette fiche affirmait qu'« arrivé à l'âge adulte, votre compagnon fidèle ne présente plus de problèmes particuliers de maladies ». C'est l'inverse qui est vrai : chez un chien de 90 kg, l'essentiel des ennuis commence à l'âge adulte, et plusieurs se préparent pendant la croissance.

L'atrophie progressive de la rétine, un cas particulier qu'il faut comprendre

Le mastiff porte une forme d'atrophie rétinienne liée au gène RHO, décrite chez lui et chez le bullmastiff. Le chien perd d'abord la vision nocturne, puis la vision de jour, jusqu'à la cécité. Elle se déclare entre 6 mois et 3,5 ans.

Ce qui la rend différente de tout ce qu'on lit sur les autres races, c'est son mode de transmission : elle est autosomique dominante. Prenez le temps de saisir ce que cela implique, parce que c'est contre-intuitif. Dans les maladies récessives, un chien porteur d'une seule copie ne sera jamais malade et transmet en silence. Ici, il n'existe pas de porteur sain : un chien qui porte la mutation développera la maladie, et il la transmet à la moitié de sa descendance.

La bonne nouvelle est que cela rend le dépistage redoutablement efficace, et que la proportion de porteurs est aujourd'hui inférieure à 1 % dans la race. La mauvaise est qu'un reproducteur peut avoir déjà fait plusieurs portées avant de perdre la vue. Demandez donc le résultat du test APR des deux parents, sur papier.

Le standard, d'ailleurs, ne dit pas autre chose à sa manière : il exige des yeux « exempts de problèmes oculaires évidents » et précise que les paupières lâches sont indésirables. C'est une clause de santé glissée dans un texte de morphologie, et elle mérite d'être lue comme telle.

Les hanches : deux fois plus de dysplasie que la moyenne

Il existe ici un chiffre solide et sur un large échantillon. L'Orthopedic Foundation for Animals, qui centralise les lectures de radiographies aux États-Unis, a évalué 14 016 mastiffs : 20,3 % sont classés dysplasiques, contre 14,2 % toutes races confondues. La race se situe au 51e rang des plus touchées, loin derrière les bulldogs mais nettement au-dessus de la moyenne.

Ces données proviennent de radiographies transmises volontairement par des propriétaires américains, elles ne décrivent donc pas exactement la population française et les mauvais résultats y sont probablement sous-représentés. Ce qu'elles établissent est suffisant : sur cette race, la lecture officielle des hanches et des coudes des deux parents, avec sa cotation de A à E, n'est pas négociable.

Et retenez surtout que la dysplasie n'est pas écrite d'avance dans les gènes. Elle se construit pendant la croissance, et sur un chien qui met près de deux ans à finir la sienne, vos décisions comptent autant que celles de l'éleveur : pas de suralimentation qui pousse la croissance, pas d'escaliers ni de sauts répétés, pas de longues marches avant 15 mois comme le recommande la Société centrale canine, et un poids tenu.

La dilatation-torsion de l'estomac

La Société centrale canine la mentionne explicitement pour cette race et en tire une consigne pratique : la ration quotidienne doit être donnée en deux repas précisément pour prévenir ce risque. Sur un chien à poitrine large, haute et bien descendue comme le décrit le standard, c'est le danger vital immédiat.

Les signes à connaître par cœur : agitation, efforts de vomissement qui ne produisent rien, abdomen qui gonfle, muqueuses pâles au niveau des babines et des gencives, cœur très rapide et pouls faible. On part aux urgences le soir même. Environ 90 % des chiens survivent quand la prise en charge est rapide, contre environ 50 % si une partie de l'estomac est déjà nécrosée. Une gastropexie préventive, qui fixe l'estomac à la paroi abdominale, se pratique par cœlioscopie dès 6 mois et peut se discuter avec votre vétérinaire.

Les autres dépistages disponibles

Le bilan génétique proposé pour la race en France couvre également la myélopathie dégénérative, l'hyperuricosurie, la rétinopathie multifocale et la sensibilité médicamenteuse MDR1, cette dernière n'étant pas une maladie mais une information à donner à votre vétérinaire avant toute anesthésie. Un éleveur qui teste le fait généralement sur le panier complet.

Ce que le standard interdit, et pourquoi cela vous concerne

Sur les races géantes, la mode pousse toujours vers le plus massif et le plus plissé. Le standard du mastiff a prévu le coup, et ses formulations valent d'être connues d'un acheteur : « au repos, toute exagération de rides ou excès de peau est inacceptable chez les adultes matures », les jarrets de vache sont inacceptables, et « la fonctionnalité du mouvement est absolument essentielle ». Un mastiff croulant sous la peau et qui se déplace difficilement n'est pas un beau mastiff, c'est un mastiff hors standard.

Mastiff portrait en gros plan, tête massive et langue pendante
Photo : Claudio Gennari from Roma, Italia, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Dressage

Ce n'est pas simple du tout d'élever un mastiff. Pourquoi ? Tout simplement parce que sa taille imposante peut impressionner et votre ami à quatre pattes le sait très bien. Il peut donc en jouer. De ce fait, la méthode positive est celle qui fonctionne, à condition d'être appliquée avec une constance sans faille : ce qui est interdit au chiot de 20 kg doit l'être au chien de 90. Ce n'est pas une question d'autorité mais de cohérence, et c'est ce qui fait la différence quand le chien atteint son poids adulte.

Mastiff debout de profil sur l'herbe, portant un large collier
Photo : Internet Archive Book Images, Wikimedia Commons (No restrictions)

La Société centrale canine est claire sur ce point : compte tenu de son gabarit, il faut « absolument lui donner une bonne éducation et l'habituer à toutes les situations », et elle recommande explicitement l'école du chiot puis les terrains d'éducation. Sur un chien de ce poids, ce n'est pas un luxe.

Le mastiff et la loi française : la nuance qui compte

La Société centrale canine est formelle : les chiens de race mastiff ne relèvent d'aucune catégorisation, ni première ni seconde catégorie, au regard de la loi de janvier 1999. Vous pouvez donc détenir un mastiff sans permis, sans muselière obligatoire et sans évaluation comportementale.

Mais il faut lire la phrase entière, car la SCC prend soin de préciser qu'un mastiff est obligatoirement inscrit à un livre des origines reconnu, en France le LOF. Or la première catégorie vise précisément les chiens non inscrits à un livre généalogique et assimilables par leur morphologie au type mastiff, ceux que le texte appelle les « boerbulls ».

La conséquence est directe et rarement expliquée : un chien vendu comme « mastiff » sans papiers n'est pas un mastiff au sens de la loi, et peut être classé en première catégorie sur sa seule morphologie, avec tout ce que cela implique de stérilisation obligatoire, d'interdiction de cession et d'accès aux lieux publics. L'inscription au LOF n'est pas ici une coquetterie d'éleveur, c'est ce qui détermine le statut juridique de votre chien.

Conseil

Adressez-vous à un éleveur qui vous montrera les parents, leurs conditions de vie et surtout leurs documents : lecture officielle des hanches et des coudes, résultat du test d'atrophie rétinienne, inscription au LOF. Ces trois pièces valent mieux que tous les arguments de vente, et l'inscription au LOF conditionne, comme on l'a vu, le statut légal de votre chien.

Nos sources

Crédit photo : jagodkastock.adobe.com

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