🐾 Race de chien

Les races de chiens aux oreilles tombantes

Un basset hound qui traîne ses oreilles au sol, un cocker dont les longues franges balaient sa gamelle, un golden retriever aux oreilles souples qui retombent sur les joues : les chiens aux oreilles tombantes forment une famille hétéroclite, du minuscule cavalier au géant terre-neuve. Ce trait, très recherché pour son côté attendrissant, n'est pourtant pas qu'une question d'esthétique. Il vient d'une histoire génétique précise et impose un entretien que beaucoup de futurs propriétaires découvrent trop tard. Voici les principales races concernées, classées par gabarit, et ce qu'il faut savoir avant de craquer.

Pourquoi certains chiens ont-ils les oreilles tombantes ?

Le chien sauvage, comme le loup dont il descend, porte naturellement les oreilles dressées : c'est la position qui optimise la perception des sons et des odeurs, essentielle à la survie. Les oreilles tombantes sont un trait de la domestication, lié au même phénomène génétique que le pelage tacheté ou la queue enroulée : une réduction du tissu cartilagineux à la base de l'oreille, qui l'empêche de se maintenir droite. Les chercheurs qui ont étudié ce lien (notamment via l'expérience de domestication des renards argentés en Russie) l'associent à une sélection portant sur la docilité plutôt que sur l'oreille elle-même : les animaux les moins craintifs envers l'humain ont, par un effet de bord génétique, tendance à développer ce genre de caractères juvéniles.

Chez le chien, l'histoire s'est ensuite jouée race par race. Chez les chiens courants et les chiens de chasse au nez (basset hound, épagneuls, chien de Saint-Hubert), l'oreille tombante a même été activement sélectionnée : en balayant le sol, elle ramènerait les particules odorantes vers les narines, une théorie encore débattue chez les experts en olfaction canine mais solidement ancrée dans la tradition cynophile. Chez d'autres races, le trait n'a aucune fonction connue et relève simplement du standard esthétique fixé par les clubs de race.

Un même chiot peut d'ailleurs naître avec les oreilles dressées et les voir tomber progressivement, ou l'inverse : chez de nombreuses races, le cartilage continue de se développer jusqu'à l'âge de 4 à 8 mois, parfois au-delà pendant la poussée dentaire. C'est le cas classique du berger allemand, dont les oreilles peuvent basculer plusieurs fois avant de se stabiliser, à la différence des races présentées ici où l'oreille tombante fait partie du standard fixe et ne se redresse jamais, quel que soit l'âge du chien.

Les petits chiens aux oreilles tombantes

Chez les petits gabarits, l'oreille tombante est souvent associée à un tempérament de compagnie. Le cavalier king charles en est l'exemple le plus emblématique : ses grandes oreilles soyeuses, frangées de poils longs, participent à son expression douce et font partie intégrante du standard depuis la création de la race dans les années 1920. Le teckel, avec ses oreilles souples plaquées le long des joues, appartient à la même famille, tout comme la variété phalène de l'épagneul nain continental (le papillon a les oreilles dressées, le phalène les a tombantes : c'est la seule différence entre les deux variétés du même standard).

Le basset hound pousse ce trait à l'extrême : ses oreilles peuvent mesurer jusqu'à 25 cm et traînent littéralement au sol lorsqu'il flaire une piste. C'est l'une des morphologies les plus marquées de tout le monde canin, et elle explique à elle seule pourquoi cette race demande une hygiène des oreilles particulièrement rigoureuse, détaillée plus bas.

Cocker spaniel dans un champ, oreilles longues et bouclées
Photo : Lisá Yakurím / Pexels

Les chiens de taille moyenne aux oreilles tombantes

C'est dans cette catégorie que la famille des chiens d'arrêt et de chasse est la plus représentée. Le cocker américain arbore de longues oreilles pendantes couvertes d'un poil soyeux qui demande un brossage fréquent pour éviter les nœuds à la base, un point d'entretien que les nouveaux propriétaires sous-estiment souvent. Le épagneul breton, chien d'arrêt polyvalent, a des oreilles plus courtes et moins couvertes de poils que le cocker, ce qui limite légèrement le risque d'humidité stagnante.

Le beagle, chien courant par excellence, doit une bonne partie de sa réputation olfactive à ses grandes oreilles tombantes, qui balaient le sol pendant la traque et concentreraient les odeurs vers son nez. Le setter anglais, avec ses oreilles fines et bien frangées, appartient à la même logique de chien de chasse au nez fin. Le bedlington terrier, plus atypique avec sa silhouette d'agneau, porte lui aussi des oreilles tombantes triangulaires, couvertes d'un fin duvet qui contraste avec le reste de son pelage bouclé.

Les grands chiens et chiens géants aux oreilles tombantes

Le trait ne disparaît pas avec le gabarit, bien au contraire : certaines des plus grandes races du monde canin le portent. Le golden retriever, l'une des races familiales les plus populaires en France, a des oreilles moyennes qui retombent souplement le long des joues. Le dogue de Bordeaux les porte plus fines et légèrement plus hautes, tandis que le terre-neuve, géant tout en douceur, a des oreilles petites par rapport à sa tête mais bien tombantes, presque perdues dans son épaisse fourrure.

Le dogue allemand, l'une des races les plus hautes au monde, conserve naturellement des oreilles tombantes (la coupe des oreilles, autrefois pratiquée pour leur donner un port dressé, est interdite en France). Le grand bouvier suisse et le léonberg suivent le même schéma : oreilles triangulaires, bien fournies, tombant naturellement le long de la tête. Le chien de Saint-Hubert et le mâtin des Pyrénées, tous deux chiens de pistage ou de garde de troupeau, portent des oreilles particulièrement longues, dans la même logique que le basset hound : capter les odeurs au ras du sol.

Un entretien spécifique : le risque d'otite

Chez un chien aux oreilles dressées, l'air circule librement dans le conduit auditif. Chez un chien aux oreilles tombantes, le pavillon referme le conduit comme un couvercle : l'humidité, la chaleur et le manque d'aération créent un terrain favorable aux otites, largement plus fréquentes dans ces races que chez les chiens à oreilles dressées. C'est particulièrement vrai pour les races à oreilles longues et poilues comme le cocker ou le basset hound.

Quelques réflexes limitent ce risque : vérifier l'intérieur de l'oreille une à deux fois par semaine (elle doit être rose pâle, sans odeur ni excès de cérumen), la nettoyer avec une solution auriculaire adaptée après chaque baignade, et bien la sécher si le chien sort sous la pluie ou nage. Un chien qui secoue la tête fréquemment, se gratte l'oreille ou dégage une odeur inhabituelle doit être présenté à un vétérinaire : une otite non traitée peut devenir chronique et douloureuse. Les races à poil abondant sur le pavillon (cocker, épagneuls) bénéficient en plus d'une taille régulière des poils à l'entrée du conduit, un geste que beaucoup de toiletteurs proposent en complément du toilettage classique.

La fréquence de surveillance varie sensiblement selon la race. Un basset hound ou un cocker américain, dont les oreilles sont longues, couvertes de poils et souvent en contact avec l'herbe ou l'eau, gagnent à un contrôle hebdomadaire strict. Un golden retriever ou un épagneul breton, aux oreilles plus courtes et moins couvertes, tolèrent un contrôle un peu plus espacé, tant qu'aucun signe d'inconfort n'apparaît. Dans tous les cas, mieux vaut éviter les cotons-tiges, qui risquent de tasser le cérumen au fond du conduit plutôt que de le retirer : une compresse enroulée autour d'un doigt suffit largement pour la partie visible du pavillon.

Un choix qui va au-delà du charme

Les oreilles tombantes séduisent souvent en premier regard, avant même le caractère ou les besoins de la race. C'est un critère esthétique légitime, mais il ne doit pas faire oublier le reste : gabarit, niveau d'énergie, instinct de chasse chez les chiens courants, entretien du pelage chez les races à poil long. Le charme d'un basset hound ou d'un cocker aux oreilles qui volent au vent se paie en vigilance quotidienne sur l'hygiène des oreilles, un point rarement mis en avant par les éleveurs mais que tout futur propriétaire a intérêt à anticiper avant l'adoption plutôt qu'après la première otite.

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