Un chien qui mange ses crottes, ou celles d'autres animaux, adopte un comportement qui porte un nom : la coprophagie. Chez le chiot, c'est presque une étape normale de développement, héritée de la mère qui avalait les déjections pour garder la tanière propre. Chez l'adulte, trois grandes familles de causes se partagent les cas : un problème alimentaire ou médical, un apprentissage de la propreté mal mené, et l'ennui. La première chose à savoir, c'est qu'il ne faut surtout pas crier quand vous le prenez sur le fait : il avalera plus vite. Voici comment identifier la cause et comment corriger le comportement sans l'aggraver.
Chez le chiot, un comportement presque normal
Avant trois ou quatre mois, un chiot qui mange ses crottes ne fait rien d'anormal. Il a vu sa mère le faire : la chienne lèche ses petits pour les stimuler, puis avale le tout, ce qui permet de garder le nid propre et sans odeur. Le chiot reproduit ce qu'il a observé, et il explore aussi le monde par la gueule, exactement comme il mordille les chaussures ou les pieds de chaise.
Le comportement disparaît généralement de lui-même avant l'âge d'un an, avec parfois quelques rechutes ponctuelles. Il y a toutefois un point de vigilance : un chiot qui vous regarde ramasser ses déjections peut en conclure que ces choses-là s'attrapent et se transportent. Autant nettoyer hors de sa vue, pour ne pas transformer un réflexe passager en habitude installée.
Pourquoi mon chien mange-t-il ses crottes ?
Une carence ou une alimentation mal adaptée
C'est la cause la plus fréquente chez le chien adulte coprophage. Un chien qui ne tire pas de sa ration ce dont il a besoin cherche ailleurs, et ses propres déjections contiennent encore des nutriments non assimilés. Le phénomène est plus marqué chez le chiot en pleine croissance, dont les besoins sont élevés.
Un détail joue aussi contre vous : certaines croquettes contiennent des substances appétantes qui ne sont pas digérées par l'organisme, ce qui rend les excréments eux-mêmes appétents. Si le problème apparaît après un changement de marque, le lien mérite d'être creusé. Nos repères pour choisir des croquettes de qualité aident à faire le tri, et une ration plus riche en fibres réduit souvent le risque.
Un problème physique ou digestif
La coprophagie peut aussi signaler quelque chose de médical : des parasites intestinaux qui captent une partie des nutriments, une mauvaise assimilation, un trouble digestif. Une coprophagie qui apparaît brutalement chez un chien adulte qui n'en avait jamais fait justifie une visite chez le vétérinaire avant tout travail d'éducation. C'est aussi l'occasion de vérifier que le protocole de vermifugation est bien à jour.
Des punitions incohérentes pendant l'apprentissage de la propreté
Voilà la cause la plus contre-intuitive, et l'une des plus courantes. Si votre chiot a été puni après coup pour ses accidents, voire si on lui a mis la truffe dans ses souillures, il n'a pas compris que le problème était l'endroit. Il a compris que la présence d'une crotte annonce des ennuis. La solution qu'il trouve alors est logique de son point de vue : faire disparaître la preuve en l'avalant.
Le même mécanisme produit un autre effet secondaire : le chien se met à faire ses besoins dans des endroits cachés, derrière un canapé ou dans une pièce peu fréquentée. Si vous en êtes là, c'est l'apprentissage de la propreté qu'il faut reprendre par la base, en repartant de notre guide complet de la propreté, plutôt que la coprophagie seule.
L'ennui et la recherche d'attention
Un chien qui manque d'activité s'occupe comme il peut. Et il apprend très vite qu'avaler une crotte déclenche une réaction immédiate chez son maître : vous accourez, vous parlez fort, vous vous occupez de lui. Vous pensez le réprimander, il enregistre qu'il a obtenu votre attention en trois secondes. Pour un chien qui s'ennuie, c'est un excellent retour sur investissement.
Chez ces chiens, le travail porte d'abord sur la dépense physique et mentale : promenades, jeu, exercices d'éducation, occupations en votre absence. Nos pistes pour éviter que votre chien s'ennuie valent mieux, ici, que n'importe quelle correction.

Quand il mange les crottes des autres animaux
Crottes de chat, crottins de cheval, déjections de vache ou de lapin : là, le comportement est différent et, disons-le, assez banal. Il ne s'agit plus de faire disparaître ses propres traces, mais de manger quelque chose qui, pour lui, sent bon.
Les excréments de chat arrivent largement en tête des préférences. L'explication est simple : les aliments pour chats sont plus riches en protéines et en matières grasses que ceux des chiens, et il en reste assez dans le résultat final pour que cela ressemble, de son point de vue, à une friandise. C'est le même ressort qui pousse tant de chiens à se servir dans la gamelle du chat, un sujet que nous traitons dans notre article sur le chien qui mange les croquettes du chat.
Trois mesures règlent la majorité des situations :
- Placer la litière du chat dans une pièce inaccessible au chien, ou en hauteur.
- Ramasser les déjections du jardin régulièrement : moins il y en a, moins il en mange.
- Rester attentif en promenade, en particulier près des pâtures et des chemins de randonnée équestre.
Pour les chiens qui ciblent spécifiquement la litière, il existe des compléments à donner au chat, et non au chien, qui rendent ses déjections moins appétentes. Votre vétérinaire vous dira ce qui se justifie dans votre cas. Ce comportement de fouille alimentaire se rapproche d'ailleurs de celui du chien qui mange de l'herbe, souvent inoffensif mais qui mérite d'être surveillé.
Apprendre « tu laisses », l'outil qui règle le problème sur le terrain
Retirer les sources et corriger l'alimentation traite le fond. Reste le moment précis où votre chien, en promenade, tombe sur une crotte. C'est là qu'une indication de renoncement fait toute la différence. Le principe à installer dans sa tête est simple : renoncer, c'est gagner.
Étape 1. Apprenez-lui d'abord que le mot « tu laisses » annonce une bonne nouvelle. Dites l'indication, puis donnez immédiatement une friandise, sans rien demander en échange. Répétez plusieurs fois par jour, pendant plusieurs jours, dans le calme de la maison.
Étape 2. Quand il tourne la tête vers vous en entendant les deux mots, testez l'indication alors qu'il est occupé à quelque chose de modérément intéressant, par exemple une odeur dans le jardin. S'il se détourne, récompensez largement.
Étape 3. Augmentez la difficulté jusqu'à l'utiliser sur ce qui l'attire vraiment, la crotte incluse. Si vous obtenez un échec, ce n'est pas un caprice : cela signifie que vous avez monté la difficulté trop vite. Revenez à l'étape précédente, consolidez, puis recommencez.
L'intérêt de cet apprentissage dépasse largement la coprophagie : la même indication sert pour le vol de nourriture, les objets ramassés en promenade ou l'arrêt d'une action en cours. C'est l'un des outils les plus rentables de l'éducation canine.

Les quatre erreurs qui aggravent la coprophagie
Certaines réactions spontanées entretiennent exactement ce que l'on cherche à supprimer :
- Crier au moment où il y touche. Le réflexe du chien est d'avaler plus vite pour ne pas se faire prendre. Mieux vaut l'appeler sur un ton enjoué et le rediriger vers un jeu.
- Punir après coup. Un chien ne relie pas une sanction à un acte passé. Il relie la sanction à votre retour, ou à la présence de la crotte, ce qui nourrit le problème.
- Nettoyer devant lui. Vous lui montrez que ces objets s'attrapent, et vous lui donnez de l'attention au passage.
- Miser sur les remèdes dissuasifs maison. Piment, vinaigre ou poivre versés sur les déjections sont des irritants, et la méthode n'agit de toute façon que sur les crottes que vous avez traitées. Si un produit vous paraît nécessaire, demandez à votre vétérinaire les comprimés prévus pour cela, à donner au moment du repas.
Retenez la logique générale : on retire l'accès, on corrige l'alimentation, on fait vérifier la santé, et on apprend le renoncement. La punition n'a aucune place dans cette liste.
Quand faut-il s'inquiéter ?
La coprophagie est désagréable mais rarement dramatique en soi. Deux situations méritent néanmoins un avis vétérinaire sans attendre : un chien adulte qui s'y met brutalement alors qu'il ne l'avait jamais fait, et une coprophagie accompagnée d'autres signes, amaigrissement malgré un bon appétit, diarrhée chronique, poil terne, ventre ballonné. Ces tableaux évoquent un problème d'assimilation ou une parasitose plutôt qu'une simple mauvaise habitude.
Ajoutons le risque sanitaire, réel mais modéré : manger les déjections d'autres animaux expose à des parasites et à des agents digestifs. C'est une raison supplémentaire de garder la vermifugation à jour, en particulier dans un foyer avec des enfants.
Pour le reste, la patience paie. La très grande majorité des chiens coprophages arrêtent quand les quatre leviers sont actionnés en même temps, et les chiots, eux, s'en passent souvent tout seuls.
Chloé Fesch, éducateur canin comportementaliste et formatrice chez Nature de Chien, a contribué aux conseils d'éducation de cet article.
Crédit photo : Krystian Graba de Pixabay






3 commentaires
Galga · 18 mars 2013 à 14:18
En voilà un sujet intéressant car j'ai le pbre à la maison avec ma Galga. Votre article m'a fait sourire car justement pas plus tard que ce midi alors que ma Miss était en pleine... dégustation, je lui ai dit non et.. à avalé tout le reste en 3/4 de seconde. Ca fait 3 ans qu'elle fait cela (depuis son arrivée d'Espagne) et je n'arrive pas à m'y faire :S Ca reste burk burk et ses léchouilles parfumées euh.. comment vous dire ^^
Paul Laurent · 18 mars 2013 à 15:53
hummm merci pour votre commentaire :)
Les léchouilles au parfum de .... :(, je vous recommande de néttoyer au maximum le jardin pour éviter qu'elle ne recommence.
Paul
Michèle · 23 janvier 2014 à 20:47
Bonjour,
Une explication assez simple pour l'attrait vis à vis des déjections de chats serait que le minou étant assez difficile à attirer au niveau alimentation les fabricant blindent en appétant de toutes natures, ils semblent que ce soit efficaces mais également pas forcément assimilable dont la petites crottes ressort avec une odeur toujours très attirante, par contre j'ai plus de mal à comprendre l'attirance vis à vis des cacas d'herbivores donc deux de nos loustics se délectent !!!!:-(