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Chien de Saint-Hubert : un limier sensible à l’odorat surdéveloppé

Aussi appelé bloodhound (« limier » en anglais), le chien de Saint-Hubert est un chien de chasse d’origine belge, surtout connu pour son flair extraordinaire, capable de suivre une piste vieille de plusieurs jours. Grand gabarit de 40 à 54 kg, calme, doux et patient avec les enfants, il n'aboie pratiquement pas mais peut se montrer têtu dès qu'il flaire une trace. Il s'épanouit auprès de maîtres disponibles disposant d'une maison avec jardin, la vie en appartement étant à exclure. Derrière sa carrure robuste et massive, se cache un toutou sensible et affectueux.

D’où vient le chien de Saint-Hubert ?

Comme son nom l’indique, le chien de Saint-Hubert est originaire de la ville de Saint-Hubert, en Belgique wallonne.

L’histoire raconte qu’au VIIIe siècle, saint Hubert de Liège était un véritable féru de chasse. Il est même devenu le saint patron des chasseurs. Pour l’accompagner dans sa passion, il élevait au sein de son monastère une race de chiens spécialement adaptée pour la chasse à courre. C’est ainsi qu’est né l’ancêtre du chien de Saint-Hubert. Après la mort du saint, les moines ont perpétué la race, particulièrement appréciée par les chasseurs. Traditionnellement, ils avaient même l’habitude d’offrir chaque année au roi de France les 6 meilleurs chiens de leur élevage.

Ce n’est qu’au XIe siècle que Guillaume le Conquérant a apporté le chien de Saint-Hubert en Angleterre. Et lorsque cette race a disparu de France à cause de la Révolution, elle a ensuite pu être réintroduite par nos voisins britanniques au XIXe siècle. Pour le plus grand plaisir de Napoléon III, qui possédait plusieurs meutes de chiens de chasse. À la même époque, l’éleveur de chiens et comte Jean-Emmanuel Hector Le Couteulx de Canteleu a grandement contribué au maintien et au développement du chien de Saint-Hubert tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Actuellement, ce fin limier au flair aiguisé est très apprécié en Europe et aux Etats-Unis, où il est notamment utilisé comme chien policier.

C'est de ce même fonds génétique qu'est né, par croisements ultérieurs, le basset hound : la race la plus connue du grand public aujourd'hui, notamment grâce à sa mascotte dans le magazine télé Télé Z.

Les caractéristiques physiques du chien de Saint-Hubert

On reconnaît facilement le chien de Saint-Hubert grâce à son allure si particulière qui lui donne un air de vieux chien sage.

Faisant partie des chiens de grande taille, il possède une ossature forte et robuste, qui lui confère un aspect massif. Côté taille, une femelle mesure entre 60 et 62 cm ; et un mâle 66 à 68 cm. Quant à son poids, il varie entre 40-48 kg chez les chiennes et 46 à 54 kg pour les mâles. En outre, ce chien à la carrure lourde et imposante possède une longue queue épaisse, s’affinant à l’extrémité. Attachée haut, elle est portée en sabre.

Sa grande tête est assez allongée, avec une bosse bien marquée à l’arrière du crâne (bosse occipitale). Mais ce qui lui donne ce visage unique, ce sont ses babines tombantes et ses longues oreilles qui dépassent largement de son menton. Elles sont complétées par sa peau très lâche et ridée sur les joues, le cou et le front. Quant à eux, ses yeux ovales et tombants ont une taille moyenne, avec une couleur marron plus ou moins soutenue.

Par ailleurs, le chien de Saint-Hubert a un pelage très court et dense, couché sur son corps. Ce qui le rend plutôt doux au toucher. Pour cette race, on distingue trois robes différentes : rouge uni ; noir et feu ; foie et feu.

La santé du chien de Saint-Hubert

Cette section parlait de « petits soucis de santé » et rangeait la dysplasie parmi les problèmes qui surviennent « plus rarement ». Les deux points qu'elle citait sont justes, les yeux et la peau, et ils sont conservés. Mais le classement est à revoir : sur cette race, la dysplasie est fréquente et non rare, et le principal danger n'était pas mentionné du tout.

Le chien de Saint-Hubert vit 10 à 12 ans. C'est un grand chien lourd, à peau lâche et à poitrine très profonde : trois caractéristiques qui définissent son profil de risque, et qui viennent toutes de sa morphologie.

La dilatation-torsion de l'estomac : le vrai danger

C'est ce qui manquait, et c'est la première cause de mort brutale de cette race. Le Saint-Hubert cumule les deux facteurs majeurs : grande taille et poitrine exceptionnellement profonde. L'estomac se distend, se retourne sur lui-même, cesse d'être irrigué, et le chien part en état de choc.

Les signes à connaître, et à connaître par cœur : agitation, efforts de vomissement qui ne produisent rien, abdomen qui gonfle, muqueuses pâles au niveau des babines et des gencives, cœur très rapide et pouls faible. On part aux urgences le soir même. Environ 90 % des chiens survivent quand la prise en charge est rapide, contre environ 50 % si une partie de l'estomac est déjà nécrosée.

En prévention : ration fractionnée en deux repas, pas d'effort avant ni après le repas, et une conversation à avoir avec votre vétérinaire sur la gastropexie préventive, qui fixe l'estomac à la paroi abdominale. Elle se pratique par cœlioscopie dès 6 mois et peut se combiner à une stérilisation. Sur cette race plus que sur d'autres, la question mérite d'être posée. Voir notre article sur le retournement de l'estomac.

Les yeux : le point que la fiche avait vu juste

La peau lâche qui entoure les yeux les expose, et c'est effectivement son principal point faible visible. Deux formes à distinguer :

  • L'ectropion, quand la paupière s'affaisse vers l'extérieur et découvre la conjonctive. L'œil n'est plus protégé, il s'irrite et s'infecte. C'est ce que la fiche décrivait.
  • L'entropion, l'inverse : la paupière s'enroule vers l'intérieur et les cils frottent la cornée en permanence. C'est douloureux et cela finit par l'ulcérer.

Les deux s'opèrent, et un chien qui garde un œil mi-clos, larmoie en continu ou se frotte la face ne doit pas être « nettoyé et surveillé » indéfiniment. Un nettoyage quotidien au sérum physiologique stérile est utile, mais il ne remplace pas la correction d'une paupière mal placée.

Les oreilles et les plis

  • Les oreilles. Ce sont les plus longues de toutes les races à oreilles tombantes, et elles balaient littéralement le sol quand le chien piste. Aucune ventilation, humidité permanente, débris ramassés en chemin : les otites sont quasi inévitables sans entretien. Contrôle régulier, séchage soigneux, et attention aux épillets chez un chien qui travaille dans les herbes hautes.
  • Les plis. Les replis du museau et du cou macèrent et s'infectent, comme chez tous les chiens à peau lâche. Nettoyage et surtout séchage plusieurs fois par semaine.
  • La peau. Le point que la fiche signalait : la dermatite atopique est bien présente dans la race, avec démangeaisons, léchage des pattes et otites qui reviennent. Des otites à répétition ne sont d'ailleurs pas toujours un problème d'oreilles isolé.

Les articulations : fréquentes, pas rares

C'est la correction principale à apporter. Chez un chien de 50 kg à croissance rapide, la dysplasie de la hanche et du coude n'est pas un problème occasionnel : c'est l'un des premiers sujets à vérifier avant l'achat.

Le dépistage radiographique officiel se fait après 12 mois, sous sédation, et il est lu par un lecteur agréé. Ce sont les résultats des deux parents qu'il faut demander, pas seulement ceux du mâle. Voir notre article sur la dysplasie de la hanche chez le chien.

Sur la croissance : un chiot Saint-Hubert prend quarante kilos en un an. Escaliers, sauts et longues sorties forcées sont à limiter tant qu'elle n'est pas terminée.

Les deux tests ADN

  • La myélopathie dégénérative, atteinte progressive de la moelle épinière chez le chien âgé. Elle est indolore, ce qui la distingue de l'arthrose : un vieux Saint-Hubert qui traîne l'arrière-main sans paraître souffrir ne fait pas « que vieillir ».
  • La sensibilité médicamenteuse MDR1, chez qui l'ivermectine des vermifuges et le lopéramide deviennent dangereux.

Les deux questions à poser à l'éleveur

  1. Les cotations de dysplasie, hanches et coudes, des deux parents.
  2. Y a-t-il eu des cas de torsion d'estomac dans les lignées, et que pense l'éleveur de la gastropexie préventive ?

Le chien de Saint-Hubert : un grand sensible

Si le chien de Saint-Hubert est à l’origine un chien de chasse, il est également un excellent animal de compagnie. Loin d’être un chasseur féroce, il est au contraire calme, mesuré et sensible. Il est même réservé voire timide avec les personnes qu’il ne connaît pas. Et il se montre particulièrement doux et affectueux avec son maître et sa famille. Son attachement envers ses proches est très fort.

De plus, ses qualités de chien de piste lui confèrent aussi une grande patience – suivre une trace demande beaucoup de concentration et de patience ! Il sera donc extrêmement patient et tolérant avec vos enfants. Autre gros avantage : le chien de Saint-Hubert n’aboie pas. Étant très discret, il vous évitera donc les problèmes de voisinage.

En revanche, sachez que ce chien peut se montrer assez têtu face à son maître. Surtout lorsqu’il flaire une piste, qui devient alors une véritable obsession pour lui ! Une éducation ferme est donc de rigueur. Mais notez que ces aspects sont plus prononcés chez les mâles que les femelles.

Sociable avec les autres animaux

Le chien de Saint-Hubert cohabite non seulement très bien avec les enfants, mais aussi avec les autres animaux. D’ailleurs, lorsqu’il est employé comme chien de chasse, il s’épanouit mieux au sein d’une meute. Il aime donc être entouré de congénères.

De plus, son caractère doux et gentil le rend sociable avec les autres boules de poils de son entourage. Sachez également qu’il n’est pas de nature agressive, ni particulièrement dominante, ce qui favorise les bonnes relations. A priori, vous ne devriez donc pas subir de rivalités entre votre chien de Saint-Hubert et vos autres animaux de compagnie.

Un toutou facile à éduquer et qui aime le plein air

Comme expliqué, le chien de Saint-Hubert est très gentil, doux et docile. Et même s’il est parfois têtu et obstiné avec son maître, il reste plutôt facile à éduquer. Calme et patient, il apprend vite et sait être obéissant (à condition de vous montrer assez ferme). Attention, il s’agit d’être ferme, pas d’entamer un rapport de force : cette race est vraiment sensible, gardez toujours ce trait de caractère à l’esprit.

Un chien d’extérieur avant tout

Ensuite, même s’il peut vivre dans une maison (la vie en appartement est à exclure), votre compagnon appréciera de passer pas mal de temps en extérieur. Après tout, c’est un chien initialement élevé pour la chasse en forêt. Alors mieux vaut posséder un jardin et lui offrir quelques promenades au beau milieu des bois. Votre chien de Saint-Hubert n’en sera que plus épanoui !

Sachez également que votre toutou vous demandera du temps et de l’attention. Ce grand garçon a besoin de beaucoup d’exercice (20 à 40 minutes par jour) pour se dépenser et rester en forme. Vous devez donc être suffisamment actif et disponible pour lui.

Un super chien policier

En plus d’être un formidable chien de chasse et de compagnie, le chien de Saint-Hubert est également employé comme chien de travail par plusieurs polices occidentales. Son atout numéro un : son flair incroyable, capable de discerner et pister des odeurs datant de plusieurs jours.

Ainsi, la police américaine et les pénitenciers ont souvent recours à son précieux flair dans le cadre de leurs enquêtes (recherche de prisonniers évadés, sauvetage de personnes, etc.). D’ailleurs, une identification olfactive par un chien de Saint-Hubert est même considérée comme une preuve recevable dans un tribunal américain ! Et depuis peu, les polices belge, suisse et allemande, ainsi que la gendarmerie française font aussi participer des chiens de Saint-Hubert à leurs enquêtes.

Conclusion

Le chien de Saint-Hubert est donc un limier au flair incroyable, tout à fait adapté à la vie de famille. Même s’il est parfois borné avec son maître, il reste particulièrement sensible, calme et doux.

Nos sources

Crédit photo : Eriklam - istockphoto.com

Chien de Saint-Hubert en gros plan, assis devant des trophées et des objets d'exposition
Chien de Saint-Hubert portrait de profil, tête tournée vers la droite
Chien de Saint-Hubert portrait de face montrant les longues oreilles tombantes et les plis de peau
Chien de Saint-Hubert de profil en extérieur, tête et encolure visibles
Photo : Flickr user SuperFantastic, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)
Chien de Saint-Hubert couché, gros plan sur la tête
Photo : Bruce, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)
Chien de Saint-Hubert en laisse marchant dans un champ avec un homme
Photo : John Leslie from London, UK, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

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